Est-ce pour retarder ou abolir le temps qui reste,
est-ce pour dilater ou endiguer l'espace à venir
que certains, lampe à huile au front et bottes
de sept lieues aux pieds, remontent le cours ombreux
de leur mémoire en quête de fragments encore inédits ?
Les oeuvres de Garance Denaux paraissent, en effet,
issues d'un voyage dans les plis et replis des anneaux
de son passé, allers et retours rendus nécessaires
par le désir d'en exhumer les concrétions,
les cristallisations, les palimpsestes les plus obscurs
à déchiffrer pour les opposer, tels des garde-corps,
des brises-lames dressés à quelques distances
de la marée, à l'effacement.
Délicate et douloureuse érection de figures laquées
dont les pliures, les courbes incertaines et les cassures
déclinent le texte incomplet et cependant sibyllin
par endroits d'un monologue aux éclats multiples.
Sinueux lacets à dénouer peut-être,
à caresser sans doute, cordes à tendre encore ou à haler,
outils inutiles en clés de songes, laves en partance
pour un autre au-delà, pas de deux en solo,
oeuvres de lumière noire.
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L. Fraichet
